Souveraineté économique : Driss Junior Diallo remet les pendules à l’heure

À l’approche de l’arrivée d’une mission du Fonds monétaire international (FMI) à Dakar, le débat sur le rôle de l’institution financière dans l’économie sénégalaise refait surface. Dans une tribune publiée le 12 juin, le consultant en gouvernance et finances publiques, Driss Junior Diallo, invite à dépasser les lectures simplistes opposant le FMI à la souveraineté nationale.

Selon l’auteur, la question de savoir si le FMI constitue un partenaire ou un frein au développement du Sénégal mérite une analyse plus nuancée. Il reconnaît d’abord les effets controversés des programmes d’ajustement structurel mis en œuvre dans les années 1980 et 1990, lesquels ont laissé des séquelles durables sur plusieurs secteurs économiques et sociaux du pays.

Toutefois, Driss Junior Diallo estime qu’il serait erroné d’attribuer au seul FMI les difficultés économiques persistantes du Sénégal. Pour lui, la présence de l’institution depuis plusieurs décennies est davantage la conséquence de crises économiques récurrentes que leur cause directe.
L’auteur rappelle notamment que la suspension du programme de financement de 1,8 milliard de dollars en 2024 est intervenue après la découverte d’importantes irrégularités dans la déclaration de la dette publique et des déficits budgétaires. Une situation qui, selon lui, relève avant tout de responsabilités internes plutôt que d’exigences imposées par le FMI.
La tribune met également en lumière les défis budgétaires auxquels le Sénégal reste confronté. Avec des dépenses publiques estimées à plus de 7 400 milliards de francs CFA en 2026 pour des recettes de près de 6 200 milliards, le pays doit faire face à un important besoin de financement ainsi qu’à un remboursement croissant de sa dette.
Pour l’auteur, rompre avec le FMI ne résoudrait pas automatiquement ces contraintes. Les alternatives, qu’il s’agisse de financements bilatéraux ou du recours aux marchés internationaux, comportent elles aussi des risques et des conditions parfois plus contraignantes.
Au-delà du FMI, Driss Junior Diallo invite à ouvrir un débat plus large sur les fondements de la souveraineté économique, notamment sur l’architecture monétaire de la zone CFA et les marges de manœuvre dont disposent les États membres en matière de politique économique.
Il soutient enfin que la véritable souveraineté repose avant tout sur des réformes internes : amélioration de la qualité de la dépense publique, élargissement de la base productive, renforcement du recouvrement fiscal et transparence dans la gestion des finances publiques.
« La souveraineté ne se proclame pas ; elle se construit et se finance », conclut l’auteur, estimant que le défi du Sénégal consiste moins à choisir entre le FMI et son indépendance économique qu’à créer les conditions d’un développement durable fondé sur ses propres ressources.
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