L’annonce de la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU n’a pas seulement surpris : elle a profondément divisé l’opinion publique sénégalaise. Ce qui aurait pu être perçu comme une consécration diplomatique s’est rapidement transformé en sujet de controverse nationale. Reportage.
D’abord, le symbole. Voir un ancien président sénégalais briguer la plus haute fonction administrative des Nations unies pourrait être interprété comme une fierté nationale, voire continentale. Certains responsables politiques y voient d’ailleurs une « candidature africaine », capable de porter la voix du continent sur la scène internationale. Mais derrière cette lecture optimiste se cache une réalité bien plus complexe.
Une candidature à polémique
« La candidature du président Macky Sall, moi j’estime que Macky Sall gagne à tous les coups. Il gagne ou il gagne. Soit , il devient secrétaire général des Nations-Unies, c’est une aubaine pour le Sénégal. Il ne passe pas, il a tout pour devenir sous-secrétaire général chargé des communications africaines, comme l’a été l’ancien ministre sénégalais Ibrahima Sall » explique Ben Mactar Diop, journaliste analyste politique. Au moins, « il aura cette chance de briller sur l’international au niveau de l’échiquier international, d’être quelqu’un d’incontournable au niveau de l’échiquier international » dit-il. Pour l’analyse politique, « s’il ne passe pas, connaissant bien Macky Sall qui, a une formation d’ingénieur, donc sa déformation professionnelle fait qu’à chaque fois qu’il doit prendre une décision pour s’engager dans une compétition, il fait son analyse : quelles sont ses chances, quelles sont ses faiblesses, ses forces, ses menaces et les opportunités qui se présentent à lui ». En fonction de ça, il est d’avis qu’il prend une décision. A l’en croire, il estime « qu’il a pratiquement l’essentiel des pays du conseil de sécurité avec lui ». Et d’ajouter : « on lui fait confiance au niveau international ».Pour Ben Mactar Diop, « on a l’impression que c’est toujours le président du Sénégal. Donc ? Qu’il passe c’est tant mieux. S’il ne passe pas, toutes les chances sont là pour que le monsieur soit choisi comme candidat par des sénégalais d’ici et d’ailleurs pour 2029 »a-t-il martelé. De son côté, Farba Senghor ancien ministre de la République est d’avis que « les autorités doivent penser à soutenir la candidature de Macky Sall ». Selon lui, « c’est un honneur pour le Sénégal ». Abdoulaye Ndiaye, ancien parlementaire abonde dans le même sens pour demander aussi le soutien des autorités sénégalaises. Pour l’union africaine, elle a annoncé le rejet de la candidature de l’ancien président sénégalais, Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU.
« La commission avait déclaré qu’elle souhaite informer le ministère et les missions permanentes ». L’UA étant constituée de cinquante-cinq pays (55 pays) pour les vingt (20) qui ont rompu le silence » dépassent le tiers des Etats membres et ont, donc, entrainé le rejet de la candidature de Macky Sall et n’a pas été associé à l’initiative y afférente. Pour leur part, le gouvernement sénégalais affirme que « l’ancien président du Sénégal doit répondre de ses actes parce qu’il est responsable des violences subies au Sénégal en 2021 »
Une candidature sans ancrage national
Le premier élément de friction tient à l’origine même de cette candidature. Elle n’a pas été portée officiellement par le Sénégal, mais par le Burundi au nom de l’Union africaine. Plus encore, les autorités sénégalaises actuelles ont clairement indiqué ne pas y être associées et ne pas la soutenir.
Ce désaveu diplomatique est rare. Il soulève une question essentielle : peut-on prétendre incarner une voix mondiale sans l’appui de son propre pays ?
Le poids du bilan politique
La polémique s’alimente aussi du passé. Le bilan de Macky Sall à la tête du Sénégal (2012–2024) reste vivement débattu. S’il est crédité de réalisations économiques et d’infrastructures importantes, il est aussi critiqué pour sa gestion des contestations politiques et des accusations liées à la gouvernance.
Des collectifs de victimes des violences politiques ont même lancé des campagnes pour s’opposer à sa candidature, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une tentative de « recyclage » international.
Dans ce contexte, l’ambition onusienne devient un prolongement des tensions internes plutôt qu’un projet fédérateur.
Une Afrique divisée
Même à l’échelle continentale, le consensus est loin d’être acquis. L’Union africaine peine à soutenir unanimement cette candidature, certains États s’y opposant, contribuant à fragiliser sa crédibilité. Or, dans la course au secrétariat général de l’ONU, le soutien régional est souvent déterminant.
Entre prestige et soupçon
Au fond, cette candidature cristallise une ambiguïté : est-elle une ambition légitime ou une stratégie de repositionnement politique ?
Pour ses partisans, Macky Sall possède l’expérience internationale et le réseau nécessaires pour peser dans les affaires du monde. Pour ses détracteurs, elle apparaît comme une fuite en avant, voire une tentative d’échapper aux débats et potentiellement aux responsabilités — nationales.
A travers ce reportage, l’on peut dire sans risque de se tromper que la controverse autour de Macky Sall dépasse largement sa personne. Elle révèle un Sénégal en pleine redéfinition politique, où la question de la responsabilité des anciens dirigeants devient centrale.
Dans ce climat, la candidature à l’ONU n’est plus seulement un enjeu diplomatique : elle est devenue un miroir des fractures démocratiques du pays.
M.G
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