Chronique : L’Afrique de l’Ouest face à la tentation des coups d’État

Ils étaient censés appartenir à une autre époque. Relégués aux pages sombres de l’histoire politique africaine, les coups d’État semblaient avoir perdu leur légitimité et leur attrait. Pourtant, en l’espace de quelques années, ils ont fait un retour fracassant en Afrique de l’Ouest, du Mali à la Guinée, en passant par le Burkina Faso. Une répétition qui interroge autant qu’elle inquiète.

Au Mali, tout a basculé en 2020, lorsque des militaires ont renversé un pouvoir civil contesté, dans un contexte d’insécurité persistante et de défiance populaire. Deux ans plus tard, en Guinée, un scénario similaire se produisait : un président affaibli par des réformes controversées était déposé par l’armée. Quant au Burkina Faso, il a connu en 2022 une double rupture militaire, révélant une instabilité profonde au sommet de l’État.

Ces événements ne sont pas de simples accidents politiques. Ils traduisent un malaise plus profond. Derrière chaque putsch se dessinent des constantes : institutions fragilisées, gouvernance contestée, corruption dénoncée, et surtout incapacité à répondre aux attentes sécuritaires et sociales des populations. Dans des pays confrontés à la menace jihadiste et à la pauvreté, la promesse démocratique peine à convaincre.

Mais faut-il pour autant voir dans les coups d’État une solution ? Rien n’est moins sûr. Si certains putschistes bénéficient, dans un premier temps, d’un soutien populaire, celui-ci repose souvent sur une désillusion plus que sur une véritable adhésion. L’histoire récente montre que les transitions militaires peinent à tenir leurs promesses. Elles s’installent dans la durée, restreignent les libertés, et retardent le retour à un ordre constitutionnel stable.

Face à cette vague de ruptures, les réactions régionales n’ont pas tardé. La CEDEAO a condamné ces prises de pouvoir et imposé des sanctions, affirmant son attachement aux principes démocratiques. Mais son influence est aujourd’hui mise à l’épreuve. Contestée par certains régimes militaires, elle peine à imposer un calendrier clair de transition.

Ce retour des coups d’État pose une question essentielle : la démocratie en Afrique de l’Ouest est-elle en crise, ou simplement en mutation ? Car au-delà des condamnations, il est urgent de s’attaquer aux causes profondes de ces bouleversements. Sans gouvernance crédible, sans justice sociale, sans sécurité, les institutions resteront vulnérables aux ambitions militaires.

 

L’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui à un tournant. Entre aspiration démocratique et tentation autoritaire, l’équilibre est fragile. Et si les coups d’État apparaissent comme des réponses rapides à des crises complexes, ils risquent surtout d’enraciner les instabilités qu’ils prétendent résoudre.

M.G

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