Le nouveau classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières ce 30 avril 2026 confirme un rang inquiétant pour le Sénégal, car il perd du terrain. Classé 74e en 2025, le pays recule de quatre places, un classement qui ne surpend guère de nombreux observateurs avertis, au vu de la situation actuelle du secteur persécuté par le régime en place.
Cet indice, qui évalue plus de 180 pays, met en lumière les transformations, parfois inquiétantes, de l’environnement dans lequel évoluent journalistes et médias.
"Cette baisse s’explique en grande partie par une dégradation de l’indicateur économique" explique Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. "Pendant près de deux ans, de nombreux médias sénégalais ont fonctionné sans subventions publiques, tout en faisant face à un accès limité à la publicité, notamment de la part d’entreprises nationales". Il fait constater aussi des retards de paiement pour des prestations déjà réalisées, fragilisant davantage un secteur déjà sous pression.
Selon RSF, des pays comme la RDC (130e) voient leur indicateur de sécurité (27,3 sur 100)baisser . Les journalistes, à l’est du pays, pris en étau entre les groupes armés et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont contraints aux déplacements ou à l’exil. Au Soudan (161e) également, la guerre a quasiment fait disparaître le journalisme indépendant. Depuis trois ans, face aux risques d’arrestation et de torture , les journalistes n’ont d’autre choix que de fuir. L’Éthiopie (148e), quant à elle, ne desserre pas son emprise sécuritaire sur la presse.
Dans le contenu du rapport, on fait constater des lois de “sécurité nationale”, ou contre la cybercriminalité, sont instrumentalisées pour entraver les journalistes. C’est parce que les juntes au pouvoir au Sahel ont rétréci l’espace civique et détourné les lois qu’un pays comme le Niger (120e ; - 37) connaît la plus importante baisse au monde. Le Mali (121e ; - 2) et le Burkina Faso (110e ; - 5) continuent de chuter, illustrant une répression de plus en plus coordonnée de la presse dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les régimes militaires y maintiennent arbitrairement des journalistes en détention, sous des charges telles que “diffusion de fausses informations”, “atteinte au crédit de l’État” ou encore “diffusion de reportages pouvant créer des troubles à l’ordre public”, mentionne le document de RSF. Au moins cinq reporters sont détenus au Niger, un l’est au Mali, et deux Serge oulon et Moussa Sareba sont toujours portés disparus au Burkina Faso. À cela s’ajoutent les suspensions de médias, par des autorités qui souhaitent contrôler le narratif des médias, informe RSF.
M.Gaye
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