Corridor Dakar-Bamako : la peur au volant, les chauffeurs sénégalais pris au piège de l’insécurité au Mali
Le moteur coupé, les regards inquiets et les téléphones collés à l’oreille pour rassurer les familles restées au Sénégal. Depuis plusieurs jours, des dizaines de chauffeurs sénégalais vivent dans l’angoisse sur l’axe Dakar-Bamako, devenu l’un des corridors routiers les plus dangereux de la sous-région.
L’incendie de onze camions sénégalais sur le territoire malien a provoqué une onde de choc dans le secteur du transport routier. Derrière les chiffres et les pertes matérielles, ce sont surtout des hommes épuisés, bloqués loin de chez eux, qui racontent désormais un quotidien marqué par la peur des attaques armées.
« Aujourd’hui, chaque départ vers Bamako ressemble à une mission à haut risque », souffle un transporteur sénégalais joint par téléphone. Sur certains tronçons, les convois avancent sous escorte militaire, mais cela ne suffit plus à rassurer les conducteurs. Plusieurs camions auraient été attaqués puis incendiés malgré les dispositifs sécuritaires mis en place par les autorités maliennes.
À l’approche de la Tabaski, l’inquiétude grandit dans les familles des routiers. Certains chauffeurs seraient immobilisés depuis plusieurs jours sur le territoire malien, dormant à bord de leurs véhicules ou dans des parkings improvisés, dans l’attente d’un passage sécurisé. Beaucoup craignent autant pour leur vie que pour leurs marchandises.
Cette crise révèle aussi la fragilité d’un axe vital pour l’économie ouest-africaine. Chaque jour, des centaines de tonnes de marchandises transitent habituellement entre Dakar et Bamako : produits alimentaires, hydrocarbures, matériaux de construction ou équipements divers. Le ralentissement brutal du trafic commence déjà à perturber les chaînes d’approvisionnement.
Au Port autonome de Dakar, plusieurs acteurs du secteur redoutent des répercussions économiques majeures si la situation perdure. Des retards de livraison sont signalés, tandis que les coûts du transport pourraient fortement augmenter dans les prochaines semaines. Pour les commerçants maliens comme pour les opérateurs sénégalais, l’insécurité sur ce corridor menace désormais l’ensemble des échanges commerciaux entre les deux pays.
Face à l’escalade des violences, les organisations de transporteurs réclament des mesures fortes et une coopération sécuritaire renforcée entre Dakar et Bamako. Mais sur le terrain, les chauffeurs disent surtout attendre une chose : pouvoir reprendre la route sans risquer de ne jamais revenir chez eux.
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