Moutons invendus après la Tabaski au Sénégal : le revers d’une offre record

Au lendemain de la Tabaski, de nombreux éleveurs sénégalais se retrouvent avec des centaines de moutons invendus. Alors que les autorités avaient multiplié les efforts pour garantir un approvisionnement suffisant du marché, l'offre a finalement dépassé la demande, créant une situation difficile pour plusieurs acteurs de la filière ovine.

Selon les chiffres communiqués par la Direction de l'Élevage, plus de 143 000 moutons seraient restés invendus après la fête. Une situation paradoxale dans un pays où la disponibilité des moutons pour la Tabaski a longtemps constitué une préoccupation majeure.

Une offre largement supérieure aux besoins

Cette année, le marché sénégalais a connu un niveau d'approvisionnement exceptionnel. La production nationale a fortement progressé grâce aux efforts consentis dans l'élevage, notamment les campagnes de vaccination, l'amélioration de l'alimentation animale et le développement de l'élevage urbain.

À cette production locale soutenue se sont ajoutées d'importantes importations en provenance principalement de la Mauritanie et du Mali. Résultat : les marchés ont été abondamment fournis, au point que l'offre a largement dépassé les besoins réels des ménages sénégalais.

Le pouvoir d'achat en question

Pour de nombreux éleveurs, la baisse du pouvoir d'achat constitue l'une des principales explications de ces invendus. Malgré la disponibilité des animaux, de nombreuses familles ont éprouvé des difficultés à réunir les sommes nécessaires pour acheter un mouton.

Le coût de la vie, l'inflation et les contraintes économiques ont poussé certains ménages à reporter leur achat, à se tourner vers des moutons moins chers ou à renoncer complètement au sacrifice cette année.

Des éleveurs confrontés à de lourdes pertes à Liberté 6

En se rendant à la sicap liberté 6 ce lundi 01 juin 2026, on fait constater de nombreux moutons avec les éleveurs qui se plaignent lourdement. Pour les vendeurs et les éleveurs, les conséquences sont importantes. L'élevage d'un mouton représente plusieurs mois d'investissement : alimentation, soins vétérinaires, transport et location d'espaces de vente.

Lorsque les animaux restent invendus après la Tabaski, les coûts continuent de s'accumuler. Certains éleveurs doivent conserver leur cheptel pendant plusieurs mois supplémentaires, avec l'incertitude de pouvoir le revendre à un prix rentable.

« Aussi, les moutons sont trop chers » raconte un père de famille que nous avons rencontré au quartier Grand-Yoff. Selon ce père de famille, lui et son fils marié ont cotisé pour acheter un seul mouton à la maison. « J’avais 75000 à ma possession, mon fils a amené 100.000, c’est cette somme que nous avons rassemblé pour acheter un mouton de 175.000 » dit-il.

Abondant dans le même sens, M.Fall enseignant de formation rumine une colère noire en incombant la faute aux autorités. Selon lui, « les autorités doivent réguler le marché pour corriger le bordel » dit-il. Car, dit-il, «  l’objectif serait d'éviter les déséquilibres entre l'offre et la demande tout en protégeant les revenus des éleveurs ».

Les moutons invendus de cette Tabaski illustrent les défis auxquels fait face la filière ovine sénégalaise. Si l'autosuffisance et l'abondance de l'offre constituent une réussite pour le pays, elles soulignent également la nécessité d'une meilleure coordination entre production, importation et pouvoir d'achat des consommateurs. Pour les éleveurs, l'enjeu est désormais de transformer cette abondance en opportunité économique durable

 M.Gaye

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