Reportage : Au marché de Grand-Yoff, la Tabaski sous le poids de la flambée des prix

À quelques semaines de la Tabaski, le marché de Grand-Yoff vit au rythme des préparatifs. Entre les étals débordant de légumes, les vendeurs de tissus qui interpellent les passants et les commerçants de moutons qui installent progressivement leurs enclos, l’ambiance est animée. Pourtant, derrière cette agitation habituelle, une inquiétude domine les discussions : l’augmentation généralisée des prix.

Dans les allées du marché Bignona, au cœur de Grand-Yoff, les clients avancent lentement, calculatrice à la main. Les ménages tentent de préserver le budget familial face à une hausse qui touche presque tous les produits consommés pendant la période de Tabaski : viande, huile, oignons, charbon, transport et même aliments pour bétail.

« Je suis venue avec dix mille francs au marché. Je ne peux pas satisfaire ma demande  familiale » se plaint A.Fall demeurant à la patte d’oie. Selon elle, « les commerçants augmentent n’importe comment les prix sans aviser » dit-elle. Elle incombe la faute aux autorités qui,dit-elle, s’intéresse uniquement à leurs problèmes personnels oubliant les soucis des populations.

 

Grogne des consommateurs

Malgré des baisses annoncées par le conseil national de la consommation (notamment sur le riz brisé), l’augmentation des prix des légumes, du poisson, de la viande et de l’huile pèse lourdement sur les ménages, particulièrement à l’approche de périodes de forte demande comme les fêtes religieuses ou ramadan. « Les populations sont trop fatiguées et la vie est difficile » indique une autre mère de famille. Notre passage au marché de Grand-Yoff ce jeudi matin 14 Mai 2026 en est une parfaite illustration. Nous avons rencontré des consommateurs qui souffrent péniblement devant les commerçants.

Enseignant de formation, MonsieurNiang étale une colère noire tout en indiquant sa déception vis-à-vis de ce nouveau régime. « J’ai voté pour le Pastef lors de la présidentielle de 2024 ; mais je regrette » se plaint-il. Pourquoi ? Notre interlocuteur répond en soutenant que «  les politiques ne disent jamais la vérité ». A l’en croire, «  le Sénégal vit une situation pire catastrophique ». Et d’ajouter : «  même si on indexe l’ancien régime des voleurs, le pays marchait normalement ». Avec amertume, monsieur Niang évoque la ponction des salaires sur les enseignants. Pour cet enseignant, il ne pardonnera jamais cet acte.

« Avant, certaines familles achetaient un sac entier d’oignons ou plusieurs litres d’huile d’un coup. Aujourd’hui, les gens prennent le minimum », explique un vendeur rencontré près des étals de légumes.

Les ménages disent subir une pression économique importante à l’approche de la fête. La hausse des dépenses liées au mouton oblige plusieurs familles à réduire les autres achats.

Dans le cadre des initiatives destinées à soutenir le pouvoir d’achat des ménages sénégalais et à assurer une régularité dans l’approvisionnement en produits alimentaires essentiels, le gouvernement du Sénégal avait porté à la connaissance de la population qu’à compter du 06 Janvier 2026, le prix de vente officiel du kilogramme de riz brisé est revu à la baisse, passant de 350 francs CFA à 300 francs CFA dans la région de Dakar.

Le Ministère de l’Industrie et du commerce informe les acteurs du secteur, notamment les importateurs, grossistes et détaillants, de l’obligation de respecter les prix fixés.

Même si l’État avait annoncé des mesures pour encadrer le secteur et faciliter l’approvisionnement, de nombreux clients restent sceptiques. Sur le terrain, les prix ne sont pas respectés.

Une forte affluence qui inquiète aussi pour la sécurité

La pression économique s’accompagne d’une autre préoccupation : l’insécurité. Avec l’arrivée massive d’acheteurs et la circulation d’importantes sommes d’argent, les commerçants redoutent les vols et agressions.

Des articles publiés cette semaine évoquent une recrudescence des actes de délinquance dans plusieurs quartiers de Dakar, y compris Grand-Yoff, à l’approche de la Tabaski.

Dans les marchés, certains vendeurs affirment fermer plus tôt que d’habitude par peur des agressions nocturnes. D’autres demandent un renforcement visible des forces de sécurité autour des points de vente.

 M.Gaye

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