Sénégal : vers l’élimination du paludisme, les derniers foyers de résistance au cœur du défi

Élimination du paludisme au Sénégal : les derniers foyers de résistance au cœur du défi

 

 

À l’occasion de la Journée mondiale du paludisme 2026, les autorités sanitaires sénégalaises ont mis en avant des résultats jugés historiques dans la lutte contre le paludisme. Mais derrière ces performances encourageantes, un constat s’impose : la bataille décisive se joue désormais dans des zones et auprès de populations encore difficiles à atteindre.

Portée par le Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique du Sénégal et le Programme National de Lutte contre le Paludisme, la riposte nationale a permis de faire reculer la maladie à des niveaux inédits. L’incidence a chuté à 12,8 % en 2025, contre 22,8 % en 2024, tandis que les décès ont été divisés par deux. Une dynamique qui rapproche le pays de l’objectif d’élimination fixé à 2030, conformément aux orientations de l’Organisation mondiale de la santé.

Cependant, cette moyenne nationale masque de fortes disparités territoriales. Des localités comme Touba, Kaolack, Kédougou, Tambacounda et Kolda continuent de concentrer une transmission élevée, notamment en période hivernale. Dans ces zones, les conditions climatiques, la mobilité des populations et parfois l’insuffisance d’infrastructures sanitaires compliquent la riposte.

Au-delà des territoires, ce sont aussi certains groupes sociaux qui cristallisent les inquiétudes. Les transhumants, les orpailleurs ou encore les talibés vivant dans les daaras restent particulièrement exposés. Leur mode de vie, souvent marqué par la mobilité ou la précarité, rend difficile l’accès aux stratégies classiques de prévention et de traitement.

Face à cette réalité, les autorités entendent changer d’approche. Le nouveau Plan stratégique 2026–2030 privilégie des interventions ciblées, adaptées aux spécificités locales. Il s’agit notamment de renforcer la surveillance épidémiologique en temps réel, d’introduire des innovations dans la lutte antivectorielle et de rapprocher davantage les services de santé des communautés à risque.

Cette nouvelle phase s’inscrit également dans une logique de responsabilisation accrue. Aligné sur les recommandations de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé, le plan met l’accent sur la redevabilité des acteurs et sur un financement davantage soutenu par les ressources internes du pays.

Mais pour les spécialistes, la clé du succès réside ailleurs : dans l’adhésion des populations. L’élimination du paludisme ne pourra être atteinte sans un changement durable des comportements, notamment en matière d’utilisation des moustiquaires imprégnées, de recours précoce aux soins et de respect des mesures préventives.

Ainsi, après avoir remporté la bataille des chiffres, le Sénégal aborde désormais celle, plus complexe, de l’équité sanitaire. Une étape décisive où chaque foyer résiduel de transmission pourrait déterminer la réussite ou l’échec de l’objectif « Zéro palu » à l’horizon 2030.

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